Mes souvenirs : la classe de première
C'est à peu près à cette époque que j'ai commencé à correspondre avec des ami(e)s de classe, de vacances, etc. Et quand je dis correspondre, c'est bien au sens papier que je pense :p
Avec les amiEs y compris un petit ami que je venais de rencontrer, Julien donc. Au début, je n'avais pas une relation privilégiée avec lui comme elle l'est devenue par la suite. Je voyais toujours ces deux garçons avec lesquels je me masturbais et de temps en temps un peu plus.
Bref, un jour où j'étais au lycée, ma mère a fait dans ma chambre ce qu'elle avait fait dans celle de mon frère, P., vers le même âge : fouiller pour trouver une trace de petite amie. Ma mère a connu un seul homme, mon père, et elle est tombée enceinte dès leur premier rapport, d'où leur mariage éclair et la naissance de P. sept mois plus tard. ELle ne voulait pas que cela se reproduise à notre génération (frère aîné curé, deuxième stérile, moi pédé, si elle avait su...).
Une fille peut prendre la pilule, pour un garçon c'est autre chose. Mon père ne nous avait pas vraiment expliqué à quoi ça servait, mais on savait ce qu'était une capote, et on savait qu'il nous en avait laissé à dispo (il a travaillé 40 ans dans la pharmacie...) avec du gel spermicide...
Je crois que ma mère ne pensait pas à ça.
Donc, là voilà partie à fouiller ma chambre. Elle est d'abord tombée sur mes lettres, celles écrites à mon meilleur pote (on a pile 6 mois d'écart et on s'écrit encore pour se souhaiter un bon anniversaire) et de ma meilleure amie dont elle pensait qu'elle était ma petite amie. Raté, elle est homo aussi... et nous nous servions mutuellement jusqu'à la prépa incluse d'excuse hétéro !
Puis apparemment, elle est tombée sur la prose que Julien m'avait envoyée. Disons que ce n'était pas forcément toujours d'un très bon goût, c'était par ailleurs très explicite sur la nature de nos relations (au début essentiellement sexuelles, pas vraiment romantique). Elle a alors continué, je ne sais pas pourquoi, c'était déjà assez clair, surtout quand elle m'a fait lire la lettre où il parlait de ses fantasmes "hard" - en l'occurence il voulait que le prenne mais à l'époque ça me dégoûtait. Et elle est tombée sur les magazines (comprenez avec des monsieurs nus qui faisaient des choses que la morale chrétienne de maman réprouve).
Le soir quand je suis rentré, j'ai eu droit à la pire (je pensais) scène de ma vie, avec toutes les ordures qu'elle m'a racontées. Comme quoi j'étais malade, qu'il fallait m'enfermer, que mon père allait me tuer, que ma grand-mère en mourrait, etc. Et que vont dire les voisins, personne ne doit l'apprendre, surtout pas la famille, j'en passe. Là dedans, rien sur moi, comment je me sentais, etc.
Et pourtant je me sentais mal. Je trahissais sa confiance, je lui avais menti par omission, je ne respectais pas la famille, etc. C'était des questions qui ne m'avaient jamais traversé l'esprit, pour moi c'était du sexe, un point c'est tout. J'avais seize ans, je ne me demandais même pas si j'étais homo. Je savais ce que l'homosexualité voulait dire, mais je ne m'identifiais pas ainsi. J'ai mis longtemps à m'identifier comme vraiment homo. Je n'aimais pas Julien comme j'ai pu l'aimer plus tard, il me faisait bander et je me trouvais bien dans ses bras, mais nous ne faisions pas l'amour, nous jouions. Enfin, c'est ce que je pensais. J'avais tort, évidemment, mais le poids de la société était tel que (a) on ne parlait pas de ce qu'on faisait avec ses petit(e)s ami(e)s, (b) on ne parlait surtout pas d'homosexualité, (c) on faisait tout pour éloigner l'idée qu'on pouvait être malsain (tant mentalement que physiquement, il faut se rappeler qu'à la fin des années 80 il y avait toujours cette épée de Damoclès : le VIH).
Maman m'a fait promettre que je changerais (certes, j'ai pas menti : j'ai changé), que je n'étais pas pédé (je ne me sentais pas pédé), que je sortirais avec une fille (j'ai essayé, et je suis désolé pour elle, je lui ai avoué bien plus tard que je n'étais pas tout à fait ce qu'elle croyait), que je n'avais pas le SIDA (non, je ne l'ai - heureusement - toujours pas ). J'ai menti consciemment quand je lui ai dit que je ne reverrai plus ces garçons. Il y en a un que j'ai vraiment beaucoup revu, que j'emmenais à la maison dès que possible, etc. Cependant, quand je venais avec des potes jouer (à D&D), jamais il n'y avait de Julien. J'ai alors commencé la longue descente dans le cycle du mensonge dont je commence à peine à sortir aujourd'hui...
Je n'ai ainsi jamais fait de coming-out à ma mère entre ces 16 ans et mes 28, lorsque je lui ai dit au téléphone que j'avais un petit ami, en l'occurence un black Tony de 32 ans. Là, elle m'a fait une crise pire que la précédente, qui a duré des mois, d'ailleurs entre temps j'ai quitté T et j'ai trouvé Alain. En mars de l'an dernier, j'ai fait le premier geste de ma vie totalement assumée en tant que gay : j'ai emménagé chez Alain. Je l'ai dit à mes parents, ma mère a simplement appris ainsi l'existence d'Alain et mon père a tout appris d'un coup : je suis pédé, j'aime un mec plus vieux que moi, on habite ensemble.
Il a mis quelques semaines à me reparler (et encore), et même s'il n'accepte pas, il ne me disait rien. Rien de rien. Il s'est enfermé et chaque fois que je parle d'Alain il fait semblant d'ignorer. Cela me blesse, autant que ça le blesse lui. J'ai déjà assez donné d'exemple sur l'autre site (le u-blog) là dessus.
Le PaCS est passé comme une lettre à la poste, même si ma mère n'a pas voulu en parler. "vous faites ce que vous voulez". Sauf que mon père ne le sait pas.
Mon frangin P (le plus jeune des frères aînés), lui, avait deviné (grâce à une carte des bains montansier, aux fichiers et liens sur le pc, etc.) que j'étais pédé et n'a pas été étonné. Je suis le bienvenu chez lui et au moment venu je pense que ce sera à P que je présenterai Alain.
Cette présentation de ces moments de ma vie est juste, aussi juste que ce que j'ai pu raconter auparavant. Chaque fois que je le raconte, des souvenirs différents refont surface, d'autres disparaissent ; j'en tais certains, j'en explicite d'autres. Telle est la vie, telle est la façon de la raconter. Les éléments peuvent évoluer dans la façon que j'ai de les dire, mais il reste là, au fond de mon coeur.
11/04/04 - 09:47
En lisant ton journal, je me dis que finalement, on a tous eu plus ou moins le même parcours...
taurus